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Un combat à l'usure pour les Samis


On imagine que les pays nordiques, réputés pour leur niveau social avancé, chouchoutent leurs autochtones de Laponie et veillent à ce qu'ils vivent en paix sur leurs terres ancestrales... Cette idée toute faite véhiculée par des clichés touristiques ne correspond malheureusement pas à la réalité, aujourd'hui comme dans l'histoire des Samis.  

Peuple premier des vastes étendues du Grand Nord européen, les Samis ont subi la colonisation, la christianisation forcée, la fiscalisation, la division de leur territoire, Sápmi, entre la Norvège, la Suède, la Finlande et la Russie. On a tenté de leur faire oublier leur langue et leurs coutumes en formatant les jeunes dans des pensionnats pour les assimiler. Bien que de nature pacifique, ils ont fini par se révolter et obtenir à la fin du XXème siècle un parlement sami dans chacun des trois pays nordiques. Des parlements dépourvus de pouvoir de décision mais qui s'efforcent de faire valoir les droits des Samis, normalement protégés par des lois nationales et par des accords internationaux, notamment sur les peuples indigènes. 

Les Etats nordiques soutiennent financièrement les institutions et la culture des Samis qui bénéficient par ailleurs de leur condition de citoyens de pays riches. Les menaces sont ailleurs, remettant en cause leur mode de vie traditionnel et leur identité culturelle. Le développement industriel réduit les espaces naturels parcourus par leurs troupeaux de rennes qui rencontrent de plus en plus de difficultés pour se nourrir, suivre leurs voies de migration, et s'isoler en période de reproduction. Exploitation minière ou forestière, lignes à haute tension, parcs éoliens, barrages, prolifération de chalets de loisirs, etc remettent en question la survie des éleveurs de rennes transhumants et, plus généralement, l'usage traditionnel de la nature. Bien qu'ils représentent une minorité au sein de leur peuple, ces semi-nomades sont le pilier de la culture des Samis, à commencer par leur langue. Il leur faut en plus supporter le changement climatique qui favorise l'alternance de pluie et de gel recouvrant les pâturages de lichen d'une couche de glace dure empêchant les rennes de se nourrir.

Désormais s'ajoute une nouvelle menace qui a toujours plus ou moins existé mais semble se renforcer selon de nombreux témoignages : le harcèlement, le mépris et même la violence envers ceux qui restent fidèles à leurs traditions, portant le costume sami ou occupant trop d'espace avec les rennes au goût d'autres habitants locaux. Ces menaces et exactions favorisent un sentiment de honte chez certains jeunes Samis ainsi que des troubles de santé. À tel point que la Norvège, où vivent les deux tiers des Samis, vient de nommer une Commission Vérité et Réconciliation, à l'image de ce qui s'est fait récemment au Canada où le système scolaire pour les autochtones a été qualifié de génocide culturel. La Finlande et la Suède ont décidé de suivre l'exemple de la Norvège.

Les autochtones sont des peuples extraordinairement fragiles dans la mesure où ils sont peu nombreux, marginalisés. Toute atteinte directe ou indirecte a presque une dimension génocidaire du fait qu'elle met en danger l'existence du groupe. "
(Jean-Pierre Massias, professeur de droit public à l'Université de Pau, président de l'Institut francophone pour la justice et la démocratie)

À VOIR  
- le film Sami Blood (Sameblod en suédois) de Amanda Kernell (2016) : en 1930, Ella-Marja, une jeune Sami issue d'une famille d'éleveurs de rennes subit le racisme dans son pensionnat et décide d'échapper à sa condition.
> bande-annonce du film sur YouTube 
- le documentaire Le printemps des rennes, de Omar Agustoni et Pierre Marc (2015)
> bande-annonce sur notre page Sami love
(> DVD disponible sur rdm-video.fr)
Les Samis sont au nombre d'environ 90 000, dont 60 000  vivent en Norvège, 20 000 en Suède et le reste en Finlande, ainsi qu'un groupe plus modeste dans la Péninsule de Kola, en Russie. Les trois parlements samis des pays nordiques se consultent désormais à travers un Conseil parlementaire commun qui ne doit pas être confondu avec le Conseil Sami regroupant différentes ONG dans les quatre pays. La Norvège est le seul de ces pays a avoir ratifié la convention 169 de l'OIT (ONU) protégeant les peuples indigènes et tribaux.

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